Un disjoncteur triphasé ne se choisit pas au hasard dans un catalogue : son calibre dépend directement de l’intensité nominale du circuit qu’il protège, elle-même déterminée par la puissance de l’appareil raccordé et par la section du câble qui l’alimente. En atelier, où cohabitent moteurs de machines à bois, compresseurs et outillage portatif, chaque ligne mérite un dimensionnement propre.
Courant de démarrage des moteurs et courbe D du disjoncteur triphasé
Un moteur asynchrone triphasé appelle, au démarrage, une intensité plusieurs fois supérieure à son courant nominal. Ce pic, bref mais violent, suffit à faire déclencher un disjoncteur classique à courbe C, conçu pour des surcharges modérées.
La courbe D tolère un appel de courant plus élevé (environ dix à quatorze fois le calibre nominal) avant de déclencher magnétiquement. C’est la raison pour laquelle les forums spécialisés et les électriciens recommandent systématiquement cette courbe pour tout circuit alimentant un moteur à démarrage direct.
Confondre courbe C et courbe D est l’erreur la plus fréquente dans les ateliers domestiques. Un disjoncteur courbe C de calibre suffisant en régime permanent déclenchera de manière intempestive à chaque mise en route de la machine, sans qu’il y ait le moindre défaut réel sur le circuit.
Calcul du calibre disjoncteur triphasé selon la puissance moteur
En triphasé équilibré 400 V, le courant nominal se calcule à partir de la puissance active, de la tension composée et du facteur de puissance. Pour un moteur de quelques kilowatts, le courant nominal reste souvent bien en dessous de ce que l’on imagine.
Un moteur de 4 kW en triphasé 400 V consomme environ 6 A en régime établi. Un disjoncteur courbe D de 10 A couvre ce besoin avec une marge raisonnable. Monter directement à 32 A, comme on le lit parfois, revient à supprimer toute protection utile contre les surcharges : le câble grillera avant que le disjoncteur ne réagisse.

Le tableau ci-dessous synthétise les calibres couramment retenus pour des moteurs triphasés d’atelier, en supposant un câble de section adaptée et une longueur de ligne raisonnable.
| Puissance moteur (kW) | Intensité nominale approximative (A) | Calibre disjoncteur courbe D conseillé (A) | Section câble cuivre minimale (mm²) |
|---|---|---|---|
| 1,5 | 3 | 6 | 1,5 |
| 3 | 5 | 10 | 2,5 |
| 4 | 6 | 10 | 2,5 |
| 5,5 | 9 | 16 | 2,5 |
| 7,5 | 12 | 16 | 4 |
| 11 | 17 | 25 | 6 |
Ces valeurs servent de repère. La longueur du câble entre le tableau et la machine impose parfois de passer à la section supérieure pour compenser la chute de tension, surtout au-delà de quelques dizaines de mètres.
Protection différentielle en atelier triphasé : type A, F ou B
Le calibre du disjoncteur ne suffit pas à garantir la sécurité des personnes. L’interrupteur différentiel, en amont, détecte les fuites de courant vers la terre. Son type dépend de la nature des charges raccordées en aval.
- Le différentiel de type A protège contre les composantes alternatives et continues pulsées. Il convient aux circuits résistifs ou aux moteurs alimentés directement, sans électronique intermédiaire.
- Le différentiel de type F, désormais imposé par la NF C 15-100 révisée sur certains circuits motorisés monophasés (pompe à chaleur, climatisation, pompe de piscine), gère les fréquences parasites générées par les variateurs de vitesse.
- Le différentiel de type B est requis dès qu’une composante de courant continu lisse peut apparaître, notamment avec les variateurs de fréquence triphasés ou les bornes de recharge IRVE. C’est un point régulièrement oublié dans les ateliers qui intègrent des machines à commande électronique.
Choisir un différentiel inadapté ne provoque pas de déclenchement intempestif : il provoque une absence de déclenchement en cas de défaut, ce qui est bien plus dangereux.
NF C 15-100 révisée : ce qui change pour le tableau électrique triphasé
La série NF C 15-100 n’est plus un texte unique mais un ensemble de 21 documents, applicable depuis le 23 août 2024, avec une période de recouvrement qui s’est terminée le 23 août 2025. Pour toute installation neuve ou rénovation significative, le référentiel opposable dépend de la date administrative du projet (dépôt du permis, déclaration préalable, signature du marché).

En pratique, cela signifie que deux ateliers équipés de machines identiques peuvent relever de versions différentes de la norme selon leur calendrier administratif. Vérifier la version applicable avant de composer son tableau évite des mises en conformité coûteuses après coup.
Règle amont-aval et coordination entre disjoncteurs triphasés
Dans un tableau bien conçu, chaque disjoncteur divisionnaire protège son circuit, mais il doit aussi être coordonné avec le disjoncteur de branchement (ou disjoncteur général) en amont. La règle de sélectivité impose que le disjoncteur le plus proche du défaut déclenche en premier, sans faire sauter l’ensemble de l’installation.
Pour un atelier alimenté depuis un tableau secondaire situé à distance du tableau principal, cette coordination passe par deux vérifications concrètes :
- Le calibre du disjoncteur de tête du tableau secondaire doit être inférieur ou égal au calibre du départ dédié dans le tableau principal.
- La section du câble d’alimentation entre les deux tableaux doit supporter le courant assigné du disjoncteur de tête, en tenant compte de la longueur réelle de la ligne.
- Le pouvoir de coupure des disjoncteurs divisionnaires doit être compatible avec le courant de court-circuit présumé au point d’installation, information souvent négligée dans les montages domestiques.
Un disjoncteur correctement calibré mais mal coordonné avec le reste du tableau ne protège qu’en apparence. Le dimensionnement d’un tableau triphasé pour atelier se raisonne toujours de l’amont vers l’aval, en partant de la puissance souscrite et du disjoncteur de branchement, puis en descendant vers chaque départ machine.
Adapter son tableau à chaque usage, c’est accepter que deux machines de même puissance puissent exiger des protections différentes si l’une intègre un variateur et l’autre un démarrage direct. Le calibre du disjoncteur n’est que le premier maillon d’une chaîne qui inclut la courbe de déclenchement, le type de différentiel et la coordination avec le reste de l’installation.

